L’économie circulaire, un autre modèle pour produire et consommer l’énergie

Ce 8 octobre, moins d’un électeur sur dix a déposé dans les urnes un bulletin de vote en faveur des écologistes. Un résultat qui atteste de la nécessité d’acteurs comme Eurosolar Lëtzebuerg, dont la mission est de promouvoir les énergies renouvelables auprès du grand public et, plus largement, de le sensibiliser aux enjeux climatiques. Alors que l’asbl vient de récompenser deux lauréats dans une nouvelle catégorie du prix solaire dédiée à l’économie circulaire, son président, Paul Zens, partage quelques réflexions sur le sujet.

Une raison d’être réaffirmée

«Lors des élections, moins d’un électeur sur dix a voté en faveur de ceux qui ont hissé l’action contre le dérèglement climatique à l’échelle supérieure au niveau gouvernemental», regrette Paul Zens, rappelant que dix personnes sur dix sont pourtant concernées par la problématique. Cet écart semble montrer qu’il faut continuer à sensibiliser et est la preuve que l’asbl a bien sa raison d’être. Le président d’Eurosolar Lëtzebuerg craint d’ailleurs que celle-ci ait encore beaucoup de travail dans les années à venir.

L’économie circulaire mise en lumière

Si, «dans un monde idéal, la société n’aurait plus besoin d’Eurosolar», l’association est aujourd’hui forcée de poursuivre son action. Dans ses projets, elle appréhende la thématique de la transition dans une perspective de plus en plus large comme en témoigne l’introduction d’une nouvelle catégorie lors du prix solaire 2023. Depuis 20 ans, ce prix récompense les meilleurs projets nationaux contribuant particulièrement à la transition énergétique. S’il était jusqu’alors décerné à des initiatives en lien avec toutes les sources d’énergies renouvelables disponibles au Luxembourg, cette année, il a également mis en lumière deux projets conçus selon les principes de l’économie circulaire. Ses premiers lauréats sont l’Administration des bâtiments publics, pour le projet du Lycée Agricole Gilsdorf, et le cabinet XXA Architecture, pour son projet d’école fondamentale et de maison relais à Howald Couvent développé selon le principe du «cradle-to-cradle» (du berceau au berceau).

«Ce sont des exemples à suivre. La démarche «cradle-to-cradle» présente de multiples avantages: elle permet de réaliser des constructions en bois (un matériau naturel et qui capte le CO2), préfabriquées et modulaires, de manière presque systématique, c’est-à-dire en un laps de temps limité. Une solution intéressante à la crise du logement! De leur déconstruction (plutôt que leur démolition) sont issus des matériaux qui doivent éventuellement être traités pour être réutilisés, mais qui ne sont pas exposés à la fluctuation des prix. Enfin, l’économie circulaire sera créatrice d’emplois», relève Paul Zens.

Une rupture par rapport au modèle traditionnel

Bien sûr, les deux édifices primés faisaient également la part belle aux énergies renouvelables, démontrant par là-même que transition énergétique et circularité sont en quelque sorte les deux faces d’une même médaille. L’asbl milite d’ailleurs pour l’abandon des modèles linéaires dans le secteur de l’énergie. C’est sa raison d’être. «Les principales sources d’énergie que nous avons exploitées jusqu’à présent sont limitées, contrairement à ce que veulent bien dire ceux qui profitent de l’utilisation linéaire des matières premières. Le pétrole, par exemple, incarne la linéarité dans toute sa splendeur: on l’extrait, on l’exploite et il s’évapore. En revanche, le vent et le soleil, eux, sont inépuisables», rappelle Paul Zens.

Le pétrole incarne la linéarité dans toute sa splendeur (…). Le vent et le soleil, eux, sont inépuisables

Les éoliennes et les panneaux photovoltaïques eux-mêmes sont recyclables à plus de 90%. «On ne peut nier le fait que certains composants sont difficiles à recycler, mais nous trouverons des solutions. L’industrie de la récupération de panneaux, qui devrait se constituer dans les prochaines années, cherchera, comme tout business, à optimiser son fonctionnement et donc à récupérer le plus d’éléments possibles pour la revente. D’ailleurs, pourquoi cette filière n’existe-t-elle pas encore au Luxembourg? Simplement parce que les panneaux sont durables, bien plus qu’on ne l’imaginait! Le marché devrait seulement se développer dans les prochaines années, alors que les premières installations ont déjà 20 ou 25 ans. Quant aux éoliennes, seules les pales contiennent des matières composites difficilement récupérables. L’acier, lui, peut être recyclé à 100% et le béton des fondations réutilisé pour la construction de routes notamment. Une fois déconstruite, il ne reste plus rien de l’éolienne et le sol peut retrouver son affectation d’origine, pour l’agriculture par exemple. Je défie quiconque de réaliser la même prouesse en démantelant une centrale nucléaire ou une station essence», déclare Paul Zens.

La circularité est donc possible, même dans ce secteur… et, inversement, l’économie circulaire peut générer de l’énergie! Le propre de ce modèle est d’ailleurs d’encourager la valorisation énergétique des déchets, via la méthanisation ou la récupération de chaleur, par exemple. «Certains quartiers sont déjà alimentés par des réseaux de chaleur grâce à ce processus; la chaleur fatale des industries faisant office de batterie thermique à grande échelle en quelque sorte. C’est une piste intéressante, en particulier si les industries en question tournent à l’énergie verte», ajoute Paul Zens.

Au président de l’asbl de conclure en citant Lavoisier: «l’être humain a acquis, via les hydrocarbures, une incommensurable puissance destructrice. Il ferait mieux de reprendre le contrôle en s’inspirant de la nature dans laquelle «rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme»».

Eurosolar Lëtzebuerg asbl
6, Jos Seyler Strooss
L-8522 Beckerich
www.eurosolar.lu