POUR UNE DURABILITÉ SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE

Plutôt marginal autrefois, le marché bio s’est progressivement agrandi et affirmé au milieu des circuits plus classiques de distribution. Rencontre avec Ander Schanck, fondateur du groupe Oikopolis et Peter Altmayer, membre de la direction de Naturata, pour un tour d’horizon des magasins bio au sein de la nouvelle enseigne située à Howald.

Colorées, parfumées, espacées. Telles sont agencées les allées du nouveau magasin Naturata à Howald, un peu comme si le consommateur se déplacait réellement en pleine nature. « Notre enseigne dans la capitale est ouverte depuis le 16 octobre dernier. Nous proposons ici environ 8.000 articles, dont plus de 200 fruits et légumes en vrac, mais également beaucoup de pains, pas mal de viandes et depuis cinq ans désormais : des produits cosmétiques et des surgelés. Tous sont évidemment certifiés bio », indique Peter Altmayer, l’un des directeurs de Naturata. Au total dix magasins complètent le Luxembourg, sous la houlette du Groupe Oikopolis et de son fondateur Ander Schanck : « c’est presque un clin d’œil à l’histoire, car en octobre 2019 nous fêterons l’anniversaire du premier magasin Naturata que l’on a ouvert en 1989 à Rollingergrund ». D’autres succursales existent à l’international mais elles sont totalement indépendantes.


Vers une diversification des produits bio

L’origine de la création du groupe Oikopolis et de Naturata vient du côté agricole, ce qui change la perception de la relation entre producteurs et commerçants. « Notre mission principale est de vendre le maximum de produits issus des producteurs luxembourgeois. Naturata se pose comme le point innovatif du marché bio au Grand-Duché et nous misons d’abord sur la qualité et la présentation des produits plutôt que sur le volume. Il faut savoir qu’on ne peut pas tout produire au Luxembourg. Au contraire de la France par exemple, nous sommes un pays importateur, notre pays n’est pas autonome et indépendant, ce serait faire fausse route de dire que notre pays sera autosuffisant », étaye Peter Altmayer. Tout dépend de la saison, mais des produits comme les pommes de terre, les pommes, les fraises, le fromage, le lait ou encore les yaourts vendus dans les rayons sont majoritairement locaux ou fabriqués sur le territoire. « Nous devons indiquer la provenance des fruits et légumes par exemple ». La majorité des producteurs nationaux se regroupent au sein de la coopérative BIOG et sous la marque déposée BIOG.

« Nous constatons également que le marché bio ne cesse de grandir, pour autant on ne peut pas se baser uniquement sur les produits luxembourgeois », explique Ander Schanck. « Chez Naturata nous essayons ainsi de proposer une variété d’articles, justement car la demande en produits bio a changé depuis quelques années : le chocolat, le vin,… tous ces produits n’existaient pas avant. Nous proposons aussi des articles spéciaux comme les produits végan ou sans gluten », complète Peter Altmayer.

S’éloigner de la nature est un désavantage

Une double prise de conscience

Généralement, les produits bio sont plus coûteux que les autres articles non certifiés. Si cette lapalissade semble convenue, elle est néanmoins ancrée dans les consciences des consommateurs et des clients de Naturata. « L’agriculture vit actuellement des moments difficiles. Si l’on a conscience de cette situation, tant économiquement qu’humainement, alors on se dit que le prix, qui est certes peut-être un peu plus cher, est justifié. Pour autant, nous essayons de répondre à tous les budgets en proposant une échelle de prix variée. Un prix plus bas sera synonyme d’un produit d’entrée de gamme, et inversement pour un prix un peu plus cher. Finalement, sans nos clients avertis, Naturata et Oikopolis n’existeraient pas. En retour, nous proposons des produits et des services de qualité, notre personnel est qualifié et peut conseiller la clientèle ou alors, répondre à tous types de questions », poursuit Peter Altmayer.

Cette prise de conscience s’affirme aussi du côté des producteurs, et notamment du côté d’Oikopolis, le groupe précurseur en matière d’agriculture biologique sur le territoire luxembourgeois. « S’éloigner de la nature est un désavantage sur tous les plans et surtout économiquement. A mon sens, l’industrialisation de l’agriculture n’est pas la solution. La technologie, les villes connectées, la digitalisation sont certes des concepts qui font partie de l’avenir, mais nous ne pourrions pas vivre, ni survivre si la partie nature ne survit pas non plus. Il est nécessaire de trouver d’autres solutions, d’autres systèmes économiques, comme l’économie circulaire par exemple. Si l’Homme produit quelque chose, il faut qu’il arrive à le recycler en suivant les principes et les processus de la nature », analyse Ander Schanck.

Des projets écoresponsables

Naturata met également à disposition de sa clientèle des produits issus de l’agriculture biodynamique sous le label « demeter », beaucoup plus stricts que le règlement bio européen. « Ce type d’agriculture nourrit les hommes, mais aussi la terre. Il se base avant tout sur un processus de qualité : une terre saine et propre pour des produits sains », résume Ander Schanck.

« Nous avons aussi lancé d’autres projets liés au respect de l’environnement au sein de nos magasins. Une très grande partie de nos emballages est biodégradable. Nous encourageons malgré tout l’utilisation des sachets réutilisables, nous avons également changé nos papiers au comptoir qui sont aujourd’hui à base de cire. Sans oublier la « meibox », une boite à œufs réutilisable. Nous travaillons aussi avec la SuperDrecksKëcht et son Ecobox. Le consommateur vient avec sa propre boîte pour l’achat de la viande, de fromage,… c’est une initiative qui est déjà en place et celle-ci permet de diminuer les emballages superflus », conclut Peter Altmayer.