Un pas de plus vers la décarbonation

La décarbonation du réseau RGTR à l’horizon 2030 est l’un des objectifs du gouvernement. Cyrille Horper et Charel Schmit, respectivement responsable communication du département mobilité et responsable des infrastructures de rechargement chez Voyages Emile Weber, présentent la stratégie «empoweringMobility» qui répond à cette exigence. Ils reviennent également sur les défis liés au futur de la mobilité.

Qu’est-ce que la stratégie «empoweringMobility» chez Voyages Emile Weber?

CH: Chez nous, l’esprit d’entreprise a toujours été axé sur l’innovation. «empoweringMobility» a démarré en 2008 avec l’acquisition des premiers bus hybrides, puis s’est développée en 2015 avec ceux à double articulation et à motorisation plug-in hybride pour la ligne qui reliait l’aéroport à Hesperange. La même année, les premiers taxis électriques ont été mis en circulation avec WEBTAXI, qui avait toutefois connu une première version avec l’hybride en 2012.

CS: En 2017, le «Ruffbus Mamer» a été le premier bus à la demande à circuler en mode électrique au Luxembourg. C’est en février 2018 que l’aventure a pris beaucoup plus d’ampleur avec l’électrification de la première ligne RGTR, la 305, qui relie Bettembourg à Dudelange. En juillet de la même année, nous avons inauguré le dépôt à Bissen qui a été pensé pour l’électrique dès sa phase de planification. Depuis lors, l’acquisition des bus et autres véhicules s’est amplifiée. Aujourd’hui, nous comptons au total 72 bus électriques et, en prenant en compte le parc automobile, nous disposons de 110 véhicules électrifiés sur les 700 qui composent notre flotte.

CH: Nous préférons néanmoins parler de décarbonation plutôt que d’électrification car nous suivons de près les développements de la technologie à hydrogène. «empoweringMobility» rejoint finalement la stratégie du ministère de l’Environnement, du Climat et du Développement durable et du ministère de la Mobilité et des Travaux publics qui a pour objectif de décarboniser le réseau RGTR à l’horizon 2030.

Un nombre croissant de véhicules électriques implique forcément une plus grande production et consommation d’électricité notamment au niveau des dépôts. Des solutions sont-elles mises en place pour répondre à ce défi?

CH: C’est effectivement un défi pour Creos, le fournisseur d’énergie, et pour nous. La solution adéquate passe par l’intelligence plutôt que par l’installation infinie de câblages de cuivre car ce n’est pas rentable. Il s’agit ainsi de gérer de façon optimale le site, les bornes de recharge, etc. Le défi de la puissance électrique concerne avant tout les grands dépôts plutôt que les petits. Les flottes de véhicules électrifiés augmentent. Nous disposons de réserves d’énergie, mais avec la vitesse de croissance actuelle, celles-ci ne dureront pas longtemps.

CS: Malgré tout, nous détenons des solutions pour répondre à ces défis. Nexxtlab, une filiale de Creos, a développé l’application «FeederFLEX» qui permet d’analyser les données du réseau et l’historique des consommations à différents moments pour observer les influences sur le réseau. C’est un projet pilote qui permet aujourd’hui d’attribuer une puissance électrique supplémentaire. Nous pouvons l’utiliser à notre dépôt et donc augmenter notre puissance de 1 MWh par rapport aux 2 MWh dont nous disposons en temps normal pour recharger nos véhicules. Nous sommes très fiers que cette solution, qui agit comme un «Smart Grid», ait obtenu en avril dernier le «Internationaler Nachhaltigkeitspreis 2021» à Berlin. En tout cas, avec cette application, nous avons toutes les informations à notre disposition, reste à savoir ce que l’on en fait…

Nous savons que conduire des véhicules à hydrogène est possible

CH: C’est pourquoi nous avons développé un programme général que l’on a baptisé «Park and Charge», qui agit comme un «Smart Charging». Nous travaillons avec les données du site (exploitation, horaires,…) et techniques du véhicule (autonomie, temps de recharge,…) pour augmenter son potentiel d’utilisation. C’est un grand projet qui n’a pas d’égal à cette échelle et à ce degré de complexité en Europe. Notre force réside dans le fait que nous avons à disposition huit marques de bus différentes ; de même que pour les constructeurs de chargeurs. Nous avons une grande expérience dans la combinaison chargeurs/bus qui nous permet d’avoir une expertise à ce sujet.

Comment appréhendez-vous l’hydrogène?

CH: Cette technologie est un autre élément de notre stratégie «empoweringMobility». À l’avenir, les véhicules dotés de batteries électriques en côtoieront d’autres fonctionnant à l’hydrogène. Nous suivons cette évolution de près. Nous faisons la différence entre l’hydrogène gris qui est récupéré de l’industrie, et le vert qui est créé grâce aux énergies renouvelables. La volonté politique luxembourgeoise est évidemment de privilégier le second type. Des bus à hydrogène ont déjà circulé au Grand-Duché entre 2000 et 2003 dans le cadre d’un projet européen. Nous savons que conduire des véhicules à hydrogène est possible, maintenant, ce sont les infrastructures et l’approvisionnement qui doivent être organisés. En tout cas, c’est une technologie prometteuse qui, à l’avenir, pourra être employée, par exemple, pour des trajets longues distances.

L’électrification implique également différentes approches au niveau de la formation ou de la maintenance…

CH: Effectivement, nous offrons des formations pour les chauffeurs, pour nos mécaniciens et mécatroniciens, mais également pour le bureau de planification qui, lui, doit tenir compte de l’autonomie du véhicule pour organiser les trajets. Concernant la maintenance, c’est une tout autre approche car les véhicules contiennent beaucoup d’électronique. L’électricité est une énergie critique qu’il faut savoir utiliser et nous mettons tout en œuvre pour garantir la sécurité de chacun.

CS: Un autre grand défi est l’adaptation des dépôts classiques actuels à l’électrique. Concernant les futurs dépôts, leur planification sera primordiale pour répondre aux exigences d’aujourd’hui et aux technologies futures. L’électrique est une école, et en ce sens, nous apprenons tous les jours.

Voyages Emile Weber
Z.A. Reckschléed
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